Historique de Val-Bélair

Val-Bélair est née en 1974 de la fusion de deux municipalités, Saint-Gérard-Majella et Val-Saint-Michel. Ces deux corporations municipales existaient depuis 1909, pour la première, et 1933, pour la seconde. En 1906, les autorités religieuses décidèrent de fonder une nouvelle paroisse pour desservir les paroissiens habitant aux abords de la montagne à Bonhomme (avenue de la Montagne) et contraints de faire un long trajet pour se rendre à l’Église de Loretteville. En 1909, la corporation municipale de Saint-Gérard-Majella est créée. Longtemps les résidents vécurent de l’industrie du bois (chauffage et pulpe) et de la chasse. Puis, les services de buanderie desservant la population de Québec occupèrent une part importante de la population. Dans les années soixante, Saint-Gérard-Majella obtient sa charte au nom de Ville de Bélair, reprenant le nom d’une des seigneuries sur laquelle est érigée Saint-Gérard-Majella.

Le développement de la municipalité de Val-Saint-Michel a été tout autre. Cette municipalité a été créée à même le territoire de Saint-Gérard sous l’impulsion de villégiateurs en provenance de Québec. C’est en 1914 que s’établit le premier villégiateur sur ce qui est maintenant le boulevard Pie-XI. Progressivement, les tensions entre ruraux et villégiateurs s’installent. Ces derniers veulent échapper au contrôle des ruraux ainsi qu’à une taxation jugée excessive. En se séparant de Saint-Gérard-Majella, ils réussissent à se doter d’un endroit de villégiature à prix modique. Val-Saint-Michel est créée au milieu des débats en 1933. Elle demeurera longtemps une ville d’été, administrée de Québec. Jusque dans les années soixante, les élections se tenaient le soir en hiver, pour permettre aux gens de Québec de venir voter (Chambre de Commerce Val-Bélair 1974 : 58-9)[218]. Ce n’est qu’en 1951 qu’un résident permanent fut élu maire. Val-Saint-Michel connaît une progression rapide à la faveur de la Deuxième Guerre mondiale. Sa population quadruple et elle devient une ville d’hiver (CCVB 1974 : 74). Les civils qui travaillent sur la Base ou encore les militaires qui préfèrent habiter à l’extérieur de la Base choisissent de s’y installer.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les deux municipalités connaissent un essor important notamment comme centre de villégiature[219]. Les taxes y sont alors peu élevées, les terrains peu chers et les règlements de construction ou de zonage inexistants ou alors d’application très large. Au début des années soixante, des citadins moins fortunés viennent s’installer à Saint-Gérard dans la partie est. Ils comptent transformer progressivement le chalet en résidence permanente (CCVB 1974 : 78). En 1962, une enquête économique commandée par le gouvernement provincial décrète Saint-Gérard zone sous-développée. Cette mesure a eu pour effet de couper les fonds des compagnies prêteuses qui refusaient de voir déprécier leur mise de fond. La construction résidentielle ne reprit que quelques années plus tard alors que la Ville s’est dotée d’une réglementation plus sévère et d’une commission d’urbanisme.

La base militaire connaît plusieurs phases de développement importantes entre les années cinquante et le début des années soixante-dix lesquelles contribuent à l’expansion des deux municipalités. Autant à Saint-Gérard qu’à Val-Saint-Michel, les taux de taxes sont faibles et le développement domiciliaire très rapide. Progressivement, les résidents, notamment ceux venus de la ville, exercent des pressions pour l’amélioration des infrastructures municipales, sans toutefois vouloir payer trop cher (CCVB 1974 : 86). Les deux municipalités s’endettent, d’autant plus qu’elles doivent offrir les services en double, services qui vont croissant avec l’augmentation de la population. La fusion qui crée la ville de Val-Bélair en 1974 vient régler partiellement ces problèmes. Des subventions gouvernementales d’un million de dollars doivent éponger en partie les dettes. Elle évite la fusion avec Sainte-Foy[220] et règle le problème créé par la situation géographique de Val-Saint-Michel, enclave de forme très irrégulière à même le territoire de Saint-Gérard-Majella[221]. Toutefois, les subventions promises ne sont pas versées. Les problèmes d’endettement persistent et Val-Bélair est mise sous tutelle pour une courte période quelques années après la fusion[222]. Quoique faite volontairement, la fusion aurait suscité des réactions négatives chez les résidants entraînant une forte compétition entre les deux secteurs (Comité d’implantation du CLSC Lorette-Val-Bélair 1982 : 20-1)[223]. Cette compétition a joué pendant plusieurs années, quoiqu’elle tende à s’estomper avec l’apport d’une nouvelle population moins sensible à l’histoire de Val-Bélair (M. Gadbois).

Le développement de Val-Bélair a été marqué, outre la fusion, par plusieurs événements qui ont contribué à lui donner une réputation particulière dans la région. M. Gadbois l’explique par les facteurs suivants. L’industrie de la buanderie qui s’est développée à Saint-Gérard-Majella met la municipalité dans un rapport de service avec la bourgeoisie de Québec. Saint-Gérard-Majella aurait également attirée des familles pauvres délogées par des projets de rénovation urbaine dans les villes centrales[224]. Les délogés viennent s’établir à Saint-Gérard de Majella et vivent dans des conditions de pauvreté[225]. Enfin, la mise sous tutelle de la municipalité dans la deuxième moitié des années soixante-dix, les conflits qui opposent le maire Dubé aux conseillers municipaux au début des années quatre-vingt[226], les récentes poursuites en justice qui mettent en jeu le maire Beaudoin et des cadres de l’administration municipale contribuent à alimenter cette réputation. Les médias s’en font les relais et l’entretiennent dans l’imaginaire des gens de la région[227]. Dans ces circonstances, les résidants, au début des années quatre-vingt, disent souffrir de la mauvaise réputation de Val-Bélair en ce qui a trait à la délinquance et à l’organisation municipale (CCLSC 1982 : 109).

En 1981, un comité chargé de préparer l’implantation du futur CLSC Lorette-Val-Bélair, décrit Val-Bélair comme une ville-dortoir dont les résidents vont chercher les différents services dont ils ont besoin à l’extérieur de la municipalité. Le comité fait l’inventaire des services communautaires offerts sur le territoire. Il s’agit dans la majorité des cas, de services offerts par les paroisses et certains groupes à caractère religieux : Saint-Vincent de Paul, Mouvement Cursillo, etc. Les Cercles des Fermières s’adressent aux femmes, les mouvements scouts et guides, aux enfants. Déjà en 1981, un comité a été mis sur pied pour réduire le taux de délinquance dans la municipalité (Le Comité Place aux Jeunes). Il n’existe alors que de petites garderies privées. Des activités de terrain de jeux sont offertes aux jeunes l’été. Le transport en commun n’est pas très développé. Les équipements, tels la base de Plein-air, ne sont pas accessibles autrement qu’en voiture. À l’intention des adultes, diverses activités sportives sont offertes. La faible offre d’activités culturelles oblige les gens à sortir à l’extérieur de la municipalité (CCLSC 1982 :106-8).

La situation a certes beaucoup évolué depuis cette époque. Le maire actuel, Claude Beaudoin, en poste depuis 1982, a voulu repositionner Val-Bélair au sein de l’agglomération urbaine et en faire, par le biais de ses politiques de développement et ses programmes, un choix résidentiel de qualité pour les jeunes familles[228]. Le prolongement de l’autoroute Henri-IV au milieu des années quatre-vingt a clairement avantagé Val-Bélair par rapport à d’autres municipalités de la région, facilitant les navettes vers les principaux centres de la région, plus particulièrement Sainte-Foy et Lebourgneuf, lequel est devenu, dans les dernières années, un pôle de développement résidentiel, commercial et industriel. Les élus de Val-Bélair avaient alors fait pression pour modifier le projet initial afin d’y faire rajouter des sorties à la hauteur de leur municipalité, favorisant ainsi le choix automobile pour les migrations pendulaires (Hulbert 1989 : 332). Le transport en commun s’est également grandement amélioré en 1992 lors de la restructuration du service de la STCUQ[229], avec l’établissement de lignes express entre Val-Bélair et le centre-ville de Québec d’une part, et Val-Bélair et Sainte-Foy d’autre part. Toutefois, la desserte intramunicipale ou interbanlieues demeure à toute fin pratique inexistante.

À la fin de 1989, une campagne publicitaire agressive a cherché à vendre les qualités de Val-Bélair. Les développements récents comme le projet domiciliaire autour d’un golf éclairé le soir, encouragés par la municipalité, visent une clientèle un peu différente, mieux nantie et pas nécessairement familiale. Plusieurs programmes de rabaissement des taxes foncières ont été offerts aux nouveaux propriétaires de maisons. Au départ, ces programmes devaient favoriser, à un moment d’essoufflement, la construction résidentielles sur quelques 400 terrains viabilisés au frais de la municipalité. Or ils ont été étendus à la grandeur du territoire, avec certains effets pervers, selon un observateur de la scène municipale. S’ils favorisent l’installation de nouveaux ménages, ils occasionneraient également un roulement plus fort et une dépréciation de la valeur des résidences. Certains croient en effet que les gens revendent leur maison que le programme prend fin au bout de trois ans et qu’ils sont plus enclins alors à vendre leur propriété moins cher. Ce phénomène de dépréciation serait accentué par le roulement chez les militaires. Bénéficiant de programmes particuliers et devant vendre rapidement lors de mutations, les militaires laisseraient leur résidence en deçà de sa valeur (M. Gadbois).

© Nicole Brais 2000

[218] Cette référence sera notée CCVB dans le reste du texte.
[219] En 1960, Saint-Gérard-Majella ne comptait que 50% de résidences permanentes (CCBV 1974 : 76)
[220] À l’époque de la création de la Communauté Urbaine de Québec, il était aussi question de regrouper l’ensemble des municipalités en 4 unités de regroupement. Sainte-Foy aurait alors absorbé l’Ancienne-Lorette, Saint-Augustin, Bélair et Val-Saint-Michel. Ce projet régional, devant les résistances des petites municipalités fut remplacé par une projet de fusions volontaires (CCVB 1974 : 91-3).
[221] Au moment de la création de Val-Saint-Michel, les résidents avaient le choix de rester à Saint-Gérard ou de passer à Val-Saint-Michel. On a ensuite découpé la carte selon le résultat du vote, créant ainsi une entité géographique impossible à gérer (CCVB 1974 : 90-1).
[222] Informations recueillies auprès d’un intervenant et observateur de la scène municipale à Val-Bélair, que nous appellerons M. Gadbois afin de préserver son anonymat.
[223] Cette référence sera indiquée comme suit (CCLSC) dans le reste du texte.
[224] Sur cette question, plusieurs versions s’affrontent dont nous n’avons pas réussi à vérifier la validité. Une première veut que ce soit des résidants et résidantes de Québec expropriés par l’aménagement de l’Autoroute Dufferin-Montmorency. Selon M. Gadbois, il s’agirait plutôt de familles chassées de Ville de Vanier d’un secteur qui était surnommé le «Parc Minoune». Ces personnes auraient été déplacées en 1969 lorsque Ville de Vanier acquiert des terrains de 4 millions de pieds carrés pour agrandir son parc industriel.
[225] Un enseignant de Loretteville raconte qu’une de ses étudiantes, habitant rue de l’Église, ne venait qu’épisodiquement en classe, devant partager ses chaussures avec ses frères et soeurs.
[226] Notamment autour de la question de la création d’un corps de police autonome.
[227] Selon quelques personnes rencontrées dans le cadre de notre enquête, M. André Arthur et Robert Gillet, animateurs de radio, ont contribué à entretenir sur les ondes la mauvaise réputation de la municipalité. Nous avons souvent été confrontée au fait que – et les témoignages des gens de Val-Bélair le corroborent – tout le monde dans la région de Québec a son opinion au sujet de Val-Bélair (rarement élogieuse), mais fort peu de gens y ont réellement mis les pieds. L’aménagement récent d’une piste cyclable qui va des Chutes Montmorency au comté de Portneuf en traversant Val-Bélair pourrait contribuer, selon nous, à modifier cette mauvaise perception.
[228] L’objectif du maire Beaudoin, selon notre observateur, est d’atteindre une population de 20 000 habitants, un seuil qui a été franchi au dernier recensement.
[229] Instauration du métrobus, des voies réservées et consolidation du service des express qui relie les banlieues au centre par les voies rapides.